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Handel vs Scarlatti : quand deux génies de 24 ans s'affrontèrent au clavier

Rome, 1709. Dans les salons somptueux du Palazzo della Cancelleria, le Cardinal Pietro Ottoboni s'apprête à offrir à ses invités un spectacle inédit. Deux jeunes musiciens de vingt-quatre ans, nés la même année, vont s'affronter au clavier. L'un est allemand, l'autre italien. L'un s'appelle Georg Friedrich Handel, l'autre Domenico Scarlatti. Personne ne sait encore que ces deux hommes entreront dans l'histoire comme les plus grands claviéristes de leur génération.

Mis à jour le 19 décembre 2025

Deux portraits peints côte à côte, deux compositeurs en perruque

Deux prodiges nés en 1685

L'année 1685 fut décidément un grand cru pour la musique. En quelques mois naquirent trois génies : Johann Sebastian Bach en mars, Handel en février et Scarlatti en octobre. Mais tandis que Bach perfectionnait son art dans l'Allemagne profonde, Handel et Scarlatti se croisèrent à Venise en 1708, puis se retrouvèrent à Rome l'année suivante.

Les deux hommes n'auraient pu être plus différents. Handel, le Saxon, était imposant, sûr de lui, déjà célèbre pour ses opéras italiens et sa maîtrise de l'orgue. Scarlatti, fils du célèbre compositeur Alessandro Scarlatti, était plus réservé, presque timide, mais ses doigts sur le clavecin produisaient des sonorités que personne n'avait jamais entendues.

Le Cardinal Ottoboni, grand mécène des arts et membre de l'Académie d'Arcadie, flaira l'occasion d'un divertissement exceptionnel. Il invita les deux virtuoses à s'affronter dans un duel musical, sous les yeux de l'aristocratie romaine.

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Le duel au Palazzo

Les règles étaient simples : chaque musicien jouerait tour à tour, d'abord au clavecin, puis à l'orgue. L'assemblée jugerait.

Scarlatti s'installa le premier au clavecin. Sous ses doigts, l'instrument sembla prendre vie. Il enchaîna des traits virtuoses, des croisements de mains audacieux, des dissonances résolues avec une élégance folle. Son style était nouveau, imprévisible, presque espagnol dans sa fougue. L'assistance retint son souffle.

Puis ce fut le tour de Handel. Le Saxon attaqua avec puissance, déployant une technique irréprochable et une musicalité profonde. Mais quelque chose manquait. Face à l'inventivité de Scarlatti, son jeu paraissait plus conventionnel, plus allemand. Lorsque le dernier accord résonna, les murmures dans l'assemblée ne laissaient guère de doute : au clavecin, l'Italien l'emportait.

On passa à l'orgue. Et là, tout bascula.

Handel prit place devant le grand instrument avec l'assurance d'un homme qui retrouve son territoire. Ses mains et ses pieds se mirent en mouvement, faisant rugir les tuyaux, tissant des fugues d'une complexité vertigineuse. L'orgue de Rome n'avait jamais sonné ainsi. La puissance, la majesté, la science du contrepoint : tout y était.

Scarlatti tenta de répondre, mais l'orgue n'était pas son instrument. Sa technique, si brillante au clavecin, ne trouvait pas le même éclat sur ce monstre de tuyaux et de soufflets. Il le savait. L'assemblée aussi.

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Match nul et admiration mutuelle

Le Cardinal Ottoboni rendit son verdict : match nul. Scarlatti régnait sur le clavecin, Handel sur l'orgue. Chacun était maître en son domaine.

Mais le plus remarquable fut la réaction des deux musiciens. Loin de toute rivalité mesquine, ils se lièrent d'amitié. Scarlatti, avec une humilité rare, déclara qu'avant d'entendre Handel à l'orgue, il n'avait jamais imaginé les possibilités de cet instrument. Des années plus tard, chaque fois qu'on mentionnait le nom de Handel devant lui, Scarlatti se signait en signe de vénération.

Handel, de son côté, ne tarit jamais d'éloges sur son ancien rival. « Scarlatti était le seul homme au monde dont je craignais les doigts », aurait-il confié. Une crainte teintée d'admiration.

Les deux hommes ne se revirent probablement jamais après ce séjour romain. Handel partit conquérir Londres, où il devint le compositeur le plus célèbre d'Angleterre. Scarlatti s'installa en Espagne, au service de la princesse Maria Barbara, pour qui il composa ses 555 sonates révolutionnaires.

Mais cette soirée de 1709, dans un palais romain baigné de lumière, resta gravée dans les mémoires. Deux génies de vingt-quatre ans s'étaient mesurés et aucun n'avait perdu. La musique, elle, avait tout gagné.

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Photo de Jordane

Article proposé par Jordane

Pianiste depuis l’âge de 8 ans et passionné de musique, Jordane chante aujourd’hui dans plusieurs chœurs, où il continue de perfectionner sa voix de ténor. Curieux et amoureux du répertoire classique, il partage avec enthousiasme ses conseils pour accompagner les musiciens débutants et passionnés dans leur apprentissage.