Johann Sebastian Bach a fait de la prison. Quatre semaines. Pas pour une dette, pas pour un crime. Pour avoir voulu quitter son emploi. L’histoire de Bach en prison reste l’un des épisodes les plus surprenants de la vie du compositeur, et pourtant elle est parfaitement authentique.
En 1717, le plus grand génie de la musique baroque s’est retrouvé enfermé dans une cellule de Weimar sur ordre de son propre employeur. Son tort ? Avoir insisté pour démissionner.
🎯 Ce qu’il faut retenir
- Emprisonné du 6 novembre au 2 décembre 1717 : Bach a passé près de quatre semaines derrière les barreaux à Weimar.
- Le motif : il voulait quitter le service du duc Wilhelm Ernst pour rejoindre la cour du prince Léopold d’Anhalt-Köthen.
- Le résultat : libéré et congédié « en disgrâce », Bach a rejoint Köthen où il a composé certaines de ses oeuvres les plus célèbres.
- Un fonctionnement courant à l’époque : les musiciens de cour étaient liés à leur employeur presque comme des serviteurs. Partir sans autorisation était impensable.
Quand Bach a osé dire non à un duc
Depuis 1708, Bach occupait le poste d’organiste puis de Konzertmeister (maître de concert) à la cour du duc Wilhelm Ernst de Saxe-Weimar. Il y avait passé neuf années productives, composant de nombreuses cantates et oeuvres pour orgue. Mais Bach avait une ambition précise : devenir Kapellmeister, le titre le plus élevé pour un musicien de cour.
Le poste de Kapellmeister à Weimar s’est libéré en 1716 à la mort de Johann Samuel Drese, qui l’occupait depuis des décennies. Bach espérait cette promotion. Le duc a préféré nommer le fils de Drese, un musicien considéré comme nettement moins talentueux.
C’est à ce moment que le prince Léopold d’Anhalt-Köthen, un jeune aristocrate passionné de musique, a proposé à Bach exactement ce qu’il voulait : le titre de Kapellmeister, un salaire généreux de 400 thalers par an (le double de ce qu’il touchait à Weimar) et une grande liberté artistique.
Bach a accepté. Restait un détail : obtenir la permission de partir.
Quatre semaines sous les verrous pour une lettre de démission
Le duc Wilhelm Ernst n’avait aucune intention de laisser partir son musicien. Dans le système des cours allemandes du XVIIIe siècle, un employé de cour ne pouvait pas simplement démissionner. Il lui fallait un congé officiel signé par son maître. Sans ce document, partir revenait à défier l’autorité du prince.
Bach a insisté. Selon les registres de la cour de Weimar, il a formulé sa demande « avec trop d’obstination ». Le 6 novembre 1717, le duc a ordonné son arrestation. Bach a été conduit dans la salle d’arrêt du tribunal de justice de Weimar (le « Landrichterstube ») et y est resté enfermé.
Les documents officiels de la cour sont laconiques mais sans ambiguïté. L’entrée du 6 novembre mentionne :
- L’arrestation du « Konzertmeister et organiste de la cour Bach »
- Le motif : « pour avoir demandé avec trop d’obstination son congé »
- Le lieu de détention : le Landrichterstube
Le 2 décembre 1717, après presque quatre semaines, Bach a finalement été libéré et congédié « en disgrâce » (un terme administratif qui marquait une rupture humiliante). Le duc avait compris qu’il ne gagnerait rien à retenir un musicien déterminé à partir.
Cette vidéo raconte l’anecdote en détail. Attention : elle est en anglais.
Libéré, disgracié… et propulsé vers ses chefs-d’oeuvre
Bach a rejoint Köthen dans les jours suivant sa libération. Et ce qui aurait pu être un épisode humiliant s’est transformé en l’une des périodes les plus fécondes de sa carrière.
À Köthen, libéré des obligations liturgiques qui dominaient son travail à Weimar, Bach s’est tourné vers la musique instrumentale. C’est là qu’il a composé certaines de ses oeuvres les plus connues :
- Les Concertos brandebourgeois (BWV 1046-1051)
- Les Suites pour violoncelle seul (BWV 1007-1012)
- Les Sonates et Partitas pour violon seul (BWV 1001-1006)
- Le premier livre du Clavier bien tempéré (BWV 846-869)
Sans le refus obstiné du duc Wilhelm Ernst et ces quatre semaines de cellule, Bach serait peut-être resté à Weimar des années encore. L’histoire de la musique occidentale en aurait été changée.
💡 Le saviez-vous ?
Selon le musicologue Christoph Wolff, l’un des plus grands spécialistes de Bach, le compositeur aurait mis à profit son temps en détention pour travailler sur son Orgelbüchlein (Petit livre d’orgue), un recueil de chorals pour orgue. L’hypothèse reste débattue, mais le manuscrit montre que plusieurs pièces ont été composées durant cette période de la vie de Bach.
L’épisode de la prison de Weimar dit beaucoup sur la condition des musiciens à l’époque baroque. Même un génie comme Bach restait un employé de cour, soumis au bon vouloir de son maître. Il faudra attendre Beethoven, un siècle plus tard, pour voir un compositeur s’affirmer véritablement comme artiste indépendant.
Bach en prison – Foire aux questions
Pourquoi Bach a-t-il été emprisonné à Weimar ?
Bach a été arrêté le 6 novembre 1717 pour avoir insisté « avec trop d’obstination » afin d’obtenir son congé de la cour du duc Wilhelm Ernst de Saxe-Weimar. Il voulait rejoindre la cour du prince Léopold d’Anhalt-Köthen en tant que Kapellmeister.
Combien de temps Bach est-il resté en prison ?
Bach a été détenu du 6 novembre au 2 décembre 1717, soit près de quatre semaines. Il a ensuite été libéré et congédié « en disgrâce » par le duc.
Que dit l’histoire de Bach en prison sur la condition des musiciens baroques ?
Au XVIIIe siècle, les musiciens de cour étaient des employés liés à leur maître. Ils ne pouvaient pas démissionner librement. Il leur fallait un congé officiel, et refuser de l’accorder était un droit du souverain. L’emprisonnement de Bach illustre cette réalité de façon frappante.
Bach a-t-il composé pendant son séjour en prison ?
Certains musicologues, dont Christoph Wolff, estiment que Bach a pu avancer sur son Orgelbüchlein (Petit livre d’orgue) pendant sa détention. Cette hypothèse n’est cependant pas prouvée de façon définitive.
Que s’est-il passé après la libération de Bach ?
Bach a rejoint la cour de Köthen où il a composé plusieurs de ses chefs-d’oeuvre, notamment les Concertos brandebourgeois, les Suites pour violoncelle seul et le premier livre du Clavier bien tempéré.
Le duc Wilhelm Ernst a-t-il regretté d’avoir emprisonné Bach ?
Aucun document historique ne mentionne un quelconque regret du duc. Wilhelm Ernst est mort en 1728. Bach, de son côté, n’est jamais revenu à Weimar en tant qu’employé de la cour.
Article proposé par Jordane
Pianiste depuis l'âge de 8 ans et passionné de musique, Jordane chante aujourd'hui dans plusieurs chœurs, où il continue de perfectionner sa voix de ténor. Curieux et amoureux du répertoire classique, il partage avec enthousiasme ses conseils pour accompagner les musiciens débutants et passionnés dans leur apprentissage.
