- Catégorie : technique de jeu (coup d’archet)
- Instrument(s) : violon, alto, violoncelle, contrebasse
- Difficulté : faible à moyenne (geste simple, mais dosage délicat)
- Notation en partition : indication « col legno » au-dessus de la portée, parfois précisée « col legno battuto » ou « col legno tratto »
- Contexte d’utilisation : musique orchestrale (à partir du XIXe siècle), musique contemporaine, musique de film
Quand un compositeur veut transformer un orchestre à cordes en section de percussion, il écrit deux mots sur la partition : col legno. Cette expression italienne signifie littéralement « avec le bois » et désigne une technique qui consiste à utiliser la baguette en bois de l’archet au contact des cordes, au lieu des crins habituels. Le résultat : un son sec, percussif et spectral qui ne ressemble à rien d’autre dans le répertoire des cordes.
Comment fonctionne le col legno ?
Le principe est simple : au lieu de faire vibrer les cordes avec la mèche (les crins de l’archet), le musicien retourne légèrement l’archet ou l’incline pour que le bois de la baguette entre en contact direct avec les cordes. Ce geste produit un son très différent du jeu normal, dépourvu de la rondeur et de la chaleur caractéristiques des instruments à cordes.
Il existe deux variantes principales :
- Col legno battuto : la plus courante. Le musicien frappe les cordes avec le bois de l’archet, produisant un claquement bref et percussif. C’est un geste rebondissant, comparable à celui d’un petit maillet sur une surface dure.
- Col legno tratto : moins fréquente mais tout aussi intéressante. Le musicien frotte les cordes avec le bois dans un mouvement continu, comme un coup d’archet classique mais avec la baguette. Le son obtenu est faible, grésillant et presque fantomatique.
Quand la partition indique simplement « col legno » sans précision, c’est presque toujours le col legno battuto qui est attendu. Le col legno tratto est systématiquement spécifié par le compositeur.
Ce que les profs ne disent pas toujours
Le col legno fait peur à beaucoup de violonistes. Et pour une bonne raison : frapper les cordes avec le bois de l’archet peut rayer ou abîmer le vernis de la baguette. C’est un vrai dilemme, surtout pour les musiciens qui jouent avec un archet de valeur.
Voici quelques conseils pratiques pour bien aborder cette technique :
- Dosez la pression. Le col legno battuto n’est pas un geste violent. Il s’agit d’un rebond léger et contrôlé. Si vous tapez trop fort, le son devient laid et vous risquez d’endommager votre archet.
- Utilisez la zone médiane de la baguette. Frapper près de la pointe risque de casser l’archet. Frapper au talon rend le geste maladroit. Le milieu de la baguette offre le meilleur compromis entre contrôle et sonorité.
- Inclinez l’archet légèrement. Plutôt que de retourner complètement l’archet, beaucoup de professionnels l’inclinent juste assez pour que le bois touche les cordes tout en gardant une partie des crins en contact. Cela facilite le retour au jeu normal.
- En orchestre, certains musiciens utilisent un archet secondaire pour les passages en col legno prolongés. C’est une pratique courante et parfaitement acceptée.
Le retour au jeu normal après un passage col legno nécessite une bonne maîtrise de la tenue d’archet. La transition doit être fluide, surtout dans les passages rapides où le compositeur alterne entre col legno et arco (jeu normal avec les crins).
- Berlioz — Symphonie fantastique, 5e mouvement (« Songe d’une nuit du sabbat ») : un des premiers exemples célèbres de col legno battuto en orchestre. Les cordes imitent le cliquetis de squelettes dansants. L’effet est saisissant.
- Holst — Les Planètes, « Mars » (1er mouvement) : le col legno battuto contribue à l’atmosphère martiale et menaçante de ce mouvement. Une démonstration de la puissance rythmique que cette technique peut apporter à tout un pupitre de cordes.
- Bartók — Musique pour cordes, percussion et célesta, 3e mouvement : Bartók exploite le col legno avec un raffinement extrême, créant des textures sonores qui brouillent la frontière entre cordes et percussions.
- Britten — War Requiem : des passages en col legno d’une grande expressivité, où la technique sert un propos dramatique intense. La preuve que le col legno n’est pas qu’un simple effet.
Le col legno dans le répertoire : d’où vient-il et où va-t-il ?
Le col legno n’est pas une invention moderne. Des traces de cette technique remontent au XVIIe siècle, mais c’est véritablement à partir du XIXe siècle que les compositeurs l’intègrent régulièrement dans leurs partitions orchestrales. Berlioz, grand innovateur en matière d’orchestration, a contribué à populariser le procédé.
Au XXe siècle, le col legno est devenu un outil courant du vocabulaire orchestral. Des compositeurs comme Bartók, Stravinsky, Penderecki ou Ligeti l’ont utilisé abondamment, parfois en combinaison avec d’autres techniques d’archet inhabituelles (sul ponticello, sul tasto, etc.).
Aujourd’hui, la musique de film fait un usage massif du col legno. Les compositeurs de bandes originales exploitent son caractère percussif et inquiétant pour les scènes de tension ou d’horreur. Si vous avez déjà frissonné devant un thriller sans comprendre pourquoi, il y a de bonnes chances que les cordes jouaient col legno.
Le saviez-vous ?
Lors de la création de la Symphonie fantastique de Berlioz en 1830, le passage en col legno du cinquième mouvement a stupéfait le public parisien. Personne n’avait jamais entendu un orchestre produire ce son de cliquetis osseux. Berlioz voulait évoquer des squelettes frappant leurs os les uns contre les autres lors d’un sabbat de sorcières. L’effet était si inhabituel que certains musiciens de l’orchestre ont d’abord refusé de jouer ainsi, de peur d’abîmer leurs archets.
Questions fréquentes sur le col legno
Le col legno abîme-t-il l’archet de violon ?
Oui, à terme, le col legno peut user le vernis et le bois de la baguette. C’est pourquoi de nombreux musiciens professionnels utilisent un archet secondaire de moindre valeur pour les passages prolongés en col legno. Pour des passages ponctuels, les dégâts restent minimes si le geste est bien dosé.
Quelle est la différence entre col legno battuto et col legno tratto ?
Le col legno battuto consiste à frapper les cordes avec le bois (son percussif bref), tandis que le col legno tratto consiste à frotter les cordes avec le bois dans un mouvement continu (son faible et grésillant). Le battuto est de loin le plus utilisé dans le répertoire.
Un débutant au violon peut-il jouer col legno ?
Le geste en lui-même n’est pas techniquement difficile. Cependant, il est préférable de maîtriser d’abord la tenue d’archet classique et les coups d’archet de base avant de s’y essayer. Le col legno demande un bon contrôle de la pression et de l’angle de l’archet pour éviter d’endommager l’instrument.
Comment le col legno est-il noté sur une partition ?
Le compositeur écrit « col legno » (ou « col legno battuto » / « col legno tratto ») au-dessus de la portée, au début du passage concerné. Pour revenir au jeu normal, l’indication « arco » est inscrite. Certaines partitions contemporaines utilisent aussi des symboles graphiques spécifiques.
Article proposé par Jordane
Pianiste depuis l'âge de 8 ans et passionné de musique, Jordane chante aujourd'hui dans plusieurs chœurs, où il continue de perfectionner sa voix de ténor. Curieux et amoureux du répertoire classique, il partage avec enthousiasme ses conseils pour accompagner les musiciens débutants et passionnés dans leur apprentissage.
