solos clarinette

Les meilleurs solos de clarinette à découvrir et à apprendre

Il y a dans la clarinette une voix singulière, tour à tour douce et envoûtante, vive et incandescente. Peu d’instruments offrent une telle richesse expressive. Des grandes œuvres classiques aux solos enflammés du jazz, la clarinette a inspiré d’innombrables compositeurs. Certains solos sont devenus des pièces incontournables, des défis à relever pour tout clarinettiste en quête de perfection.

Certains passages sont si célèbres qu’ils sont devenus des figures imposées lors des concours et auditions. D’autres, plus secrets, recèlent des trésors d’émotion. Voici une sélection des plus beaux solos de clarinette à découvrir et, pourquoi pas, à ajouter à votre répertoire.

Les solos incontournables en musique classique

Concerto pour clarinette en La majeur, K. 622 – Mozart

C’est sans doute le plus beau cadeau fait à la clarinette. Composé quelques mois avant la mort de Mozart, ce concerto est une ode à la pureté du son et à l’expressivité de l’instrument. Son deuxième mouvement, l’Adagio, est l’un des moments les plus émouvants du répertoire. Un souffle suspendu, une ligne mélodique d’une tendresse infinie, comme une prière murmurée.

Mais derrière cette apparente simplicité se cache une difficulté redoutable : la justesse du phrasé, la souplesse du legato, la maîtrise du souffle. Chaque note doit être sculptée avec précision, chaque nuance doit transmettre l’émotion sans artifice. Pour beaucoup, ce solo est un passage obligé, une quête vers l’épure et la maîtrise absolue de l’instrument.

 

Première Rhapsodie – Debussy

Si le Concerto de Mozart est une leçon d’élégance, la Première Rhapsodie de Debussy est une plongée dans la couleur et la sensualité. Composée en 1909 pour le concours du Conservatoire de Paris, cette œuvre met en lumière toutes les facettes de la clarinette : sa douceur aérienne, ses éclats virtuoses, son lyrisme profond.

L’entrée, rêveuse, semble flotter hors du temps. Mais très vite, la partition se densifie, alternant envolées et passages plus contemplatifs. L’interprétation exige un jeu nuancé, capable d’embrasser toutes les subtilités du langage debussyste. Jouer la Première Rhapsodie, c’est apprendre à raconter une histoire en musique, à peindre des paysages sonores.

Boléro – Ravel (solo de clarinette)

Il n’y a que quelques mesures, et pourtant, ce solo est l’un des plus célèbres du répertoire orchestral. Dans le Boléro de Ravel, la clarinette intervient après la flûte, portant la mélodie principale sur un accompagnement obstiné de caisse claire.

Le défi ? Maintenir un legato impeccable tout en sculptant chaque note avec délicatesse. Le timbre doit être soyeux, la montée en intensité parfaitement contrôlée. Ce solo est une épreuve redoutée des auditions d’orchestre, car il ne laisse place à aucune approximation. Une respiration mal placée, une attaque trop brutale, et la magie s’évapore. Mais lorsqu’il est bien interprété, il devient un instant suspendu, une parenthèse hypnotique avant que l’orchestre ne s’embrase.

Les solos de clarinette en jazz : improvisation et virtuosité

Si la clarinette a conquis ses lettres de noblesse en musique classique, elle a aussi trouvé un terrain d’expression exceptionnel dans le jazz. Dans les années 1920 et 1930, elle règne en maître dans les big bands, portée par des figures légendaires comme Sidney Bechet et Benny Goodman. Avec son timbre souple et sa capacité à passer en un souffle du murmure au cri, la clarinette se prête à merveille à l’improvisation.

Dans le jazz, un solo de clarinette est une déclaration, un moment suspendu où l’instrumentiste dialogue avec l’orchestre, s’affranchit des partitions et laisse parler son instinct. Il n’y a pas deux interprétations identiques, et c’est toute la magie de ces morceaux.

« Petite Fleur » – Sidney Bechet

Dès les premières notes, on reconnaît la patte de Sidney Bechet, son vibrato ample et son phrasé chantant. « Petite Fleur », écrite en 1952, est une des pièces les plus célèbres du jazz traditionnel.

Son solo est un modèle d’expressivité : une mélodie simple, mais portée par une interprétation d’une intensité bouleversante. Chaque note semble flotter, chaque inflexion raconte une histoire. Pour le clarinettiste, le défi est d’apprendre à « chanter » la mélodie, à donner à chaque phrase une vie propre, sans jamais forcer le son.

 

« Sing, Sing, Sing » – Benny Goodman

Si « Petite Fleur » est un murmure, « Sing, Sing, Sing » est une explosion d’énergie. Ce morceau, enregistré en 1937 par Benny Goodman et son orchestre, est une pièce maîtresse du swing. Le solo de clarinette y est à la fois flamboyant et insouciant, avec des envolées virtuoses qui semblent jaillir spontanément du chaos rythmique du big band.

Jouer ce solo, c’est s’attaquer à l’essence même du swing : un rythme irrésistible, des phrases incisives et une liberté totale dans l’interprétation. Il faut un souffle puissant, une articulation précise et une capacité à jouer avec la tension et le relâchement. L’énergie est brute, le jeu doit être audacieux.

« Stranger on the Shore » – Acker Bilk

À l’opposé du swing déchaîné de Goodman, « Stranger on the Shore », composée en 1961 par le clarinettiste britannique Acker Bilk, est une ballade empreinte de mélancolie. Le solo repose sur une ligne mélodique d’une grande simplicité, mais c’est justement là que réside la difficulté : chaque note doit être pesée, chaque nuance doit exprimer une émotion subtile.

L’interprétation demande un contrôle absolu du souffle et du vibrato. Il ne faut jamais tomber dans l’excès, ni en faire trop. Tout repose sur l’art du phrasé et la beauté du timbre. Un solo parfait pour travailler la délicatesse et l’expressivité de l’instrument.

Solos emblématiques du répertoire klezmer et folklorique

Si la clarinette est indissociable du jazz et de la musique classique, elle est aussi l’âme du répertoire klezmer et des musiques traditionnelles d’Europe de l’Est. Dans ces styles, elle ne se contente pas de jouer des mélodies : elle pleure, danse, rit et chante, imitant parfois la voix humaine avec une intensité bouleversante. Le jeu y est libre, expressif, parsemé d’ornementations et d’inflexions qui lui donnent ce caractère unique.

Dans un solo klezmer, l’instrumentiste ne se contente pas d’interpréter une partition : il raconte une histoire, oscillant entre nostalgie et exaltation, entre le recueillement et la frénésie.

« Der Heyser Bulgar » – L’énergie du klezmer

« Der Heyser Bulgar » est l’un des morceaux les plus emblématiques du répertoire klezmer. Son rythme effréné, sa mélodie entraînante et ses ornements typiques en font un défi excitant pour tout clarinettiste.

Le solo est un véritable tourbillon. On y retrouve les glissandos caractéristiques du style, ces montées expressives où la clarinette semble littéralement « pleurer ». Le vibrato est large, parfois exagéré, et l’interprète joue avec les nuances pour accentuer le côté festif et virevoltant du morceau.

Pour jouer ce solo dans toute son authenticité, il faut oser s’affranchir des contraintes trop académiques. L’interprétation doit être vivante, presque improvisée, avec des accélérations et des variations de phrasé qui donnent une impression de liberté totale.

« Csárdás » de Monti – Une virtuosité enflammée

Bien que composée à l’origine pour violon, « Csárdás » a été reprise sur de nombreux instruments, dont la clarinette. Cette pièce hongroise repose sur un contraste saisissant entre une introduction lente, lyrique, et une explosion de virtuosité dans la seconde partie.

L’adaptation pour clarinette met en valeur la souplesse de l’instrument et sa capacité à alterner entre lyrisme et fougue. L’interprète doit d’abord soigner son legato, faire respirer chaque phrase pour exalter la beauté mélodique de l’introduction. Puis, lorsque la danse s’emballe, la technique est mise à rude épreuve : staccatos éclatants, accélérations progressives et articulations précises deviennent indispensables pour capturer l’esprit tzigane de la pièce.

« Doina » – L’art de l’improvisation folklorique

La doina est un style d’improvisation typique de la musique roumaine et moldave, souvent joué à la clarinette ou au violon. Il s’agit d’un solo libre, méditatif, qui évolue au gré de l’interprète.

Ici, pas de rythme strict : la clarinette semble flotter, suspendue dans le temps, jouant avec les silences et les inflexions. On y retrouve des glissandos expressifs, des notes tenues qui s’évanouissent doucement, des variations dynamiques qui plongent l’auditeur dans un univers à la fois intime et mystique.

La doina est un excellent exercice pour développer l’expressivité et la spontanéité. Elle pousse le clarinettiste à sortir du cadre rigide de la partition et à se laisser porter par l’émotion pure.

Les solos contemporains et expérimentaux

Si la clarinette a brillé dans le classique, le jazz et le klezmer, elle s’est aussi imposée dans la musique contemporaine comme un laboratoire sonore fascinant. Les compositeurs du XXe et XXIe siècle ont exploré des possibilités inédites, repoussant les limites expressives et techniques de l’instrument. Dans ces solos, le son devient matière à modeler, le souffle une texture, et chaque note un terrain d’expérimentation.

Jouer ces pièces demande une ouverture d’esprit : il ne s’agit plus seulement d’interpréter une mélodie, mais d’explorer l’espace sonore avec une approche souvent avant-gardiste.

« Sequenza IXa » – Luciano Berio

Composée en 1980, la Sequenza IXa est une œuvre incontournable du répertoire contemporain. Berio, connu pour ses explorations sonores, pousse ici la clarinette dans ses retranchements, exploitant tout son potentiel expressif.

Le solo repose sur des contrastes extrêmes : des passages murmurés succèdent à des éclats sonores fulgurants, des phrases en apparence hésitantes se résolvent en cascades de notes. Le jeu de respiration est fondamental, tout comme la maîtrise du timbre et des nuances.

Interpréter cette pièce, c’est accepter de se libérer des cadres traditionnels. Chaque note semble émerger d’un souffle profond, chaque silence devient un élément structurant du discours musical.

« Domaines » – Pierre Boulez

Dans « Domaines », Boulez pousse encore plus loin l’idée d’un solo de clarinette comme un espace d’expérimentation pure. L’œuvre est écrite sous forme de fragments que l’interprète doit réagencer selon un parcours qu’il choisit, rendant chaque performance unique.

Les techniques étendues y sont omniprésentes : micro-intervalles, flatterzunge (roulement de langue pour produire un effet de trémolo), multiphoniques (sons multiples produits en une seule émission d’air)… La clarinette y devient presque un instrument nouveau, décomposé et réinventé à chaque instant.

Ce solo est un véritable défi intellectuel et physique. Il demande une compréhension fine des sonorités contemporaines et une capacité à transformer la matière sonore en un langage vivant et personnel.

Comment apprendre et maîtriser ces solos de clarinette ?

Chaque solo de clarinette, qu’il soit classique, jazz, klezmer ou contemporain, présente ses propres défis. L’aborder avec méthode permet non seulement de le jouer techniquement, mais surtout de l’interpréter avec musicalité.

Choisir son solo en fonction de son niveau

Il est essentiel de sélectionner un solo adapté à ses capacités. Débuter par des pièces accessibles, comme Stranger on the Shore d’Acker Bilk ou l’Adagio du Concerto de Mozart, permet de se concentrer sur l’expression et la qualité du son. Les clarinettistes plus avancés peuvent se tourner vers des œuvres plus exigeantes comme la Première Rhapsodie de Debussy ou la Sequenza IXa de Berio.

Techniques de travail : souffle, articulation, phrasé

  • Maîtriser son souffle : Un bon contrôle respiratoire est essentiel, notamment pour les solos longs et expressifs comme ceux de la musique klezmer ou du jazz. Travailler la respiration circulaire peut être un atout pour certains morceaux.
  • Affiner son articulation : Staccatos précis pour le swing de Sing, Sing, Sing, legato fluide pour Mozart ou Debussy…chaque style impose ses exigences. Le travail au métronome et les exercices de détaché sont des alliés précieux.
  • Soigner le phrasé : Il ne suffit pas de jouer les notes, il faut leur donner du relief. Écouter des interprétations de grands clarinettistes aide à comprendre comment sculpter une phrase musicale et lui donner du caractère.

S’inspirer des grands interprètes

L’écoute est une partie fondamentale de l’apprentissage. Écouter Benny Goodman pour le swing, Michel Portal pour l’expérimentation, Sabine Meyer pour la clarté du son classique, ou encore Giora Feidman pour l’authenticité du klezmer, permet d’enrichir son propre jeu.

Enfin, pour les solos contemporains, il ne faut pas hésiter à expérimenter : bruitages, multiphoniques, nuances extrêmes… ces morceaux sont faits pour explorer l’instrument sous un jour nouveau.

Ne partez pas si vite, ces articles pourraient vous intéresser :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back To Top