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Mendelssohn a redécouvert Bach : sans lui, les Passions seraient restées oubliées

Peu de gens le savent, mais Jean-Sébastien Bach, considéré aujourd’hui comme l’un des plus grands compositeurs de tous les temps, a failli tomber dans l’oubli. Après sa mort en 1750, ses grandes œuvres vocales ont pratiquement disparu du répertoire pendant près de 80 ans. Il a fallu qu’un jeune musicien de 20 ans, Felix Mendelssohn, organise un concert historique à Berlin pour que le monde redécouvre ce génie.

L’histoire qui lie Mendelssohn, Bach et les Passions est l’une des plus belles aventures de sauvetage de la musique classique. Sans elle, des chefs-d’œuvre que nous tenons pour acquis aujourd’hui seraient peut-être encore enfermés dans des archives poussiéreuses.

🎯 Ce qu’il faut retenir

  • Bach oublié : après sa mort en 1750, ses grandes œuvres vocales sont tombées dans l’oubli pendant des décennies.
  • Un concert historique : le 11 mars 1829, Mendelssohn dirige la Passion selon saint Matthieu à Berlin devant 1 000 spectateurs.
  • Mendelssohn avait 20 ans : c’est un jeune prodige qui a convaincu les institutions berlinoises de monter cette œuvre monumentale.
  • Le « Bach Revival » : cette représentation a déclenché un mouvement de redécouverte qui dure encore aujourd’hui.

80 ans de silence pour un génie

Bach meurt à Leipzig en 1750. Ses fils poursuivent des carrières musicales, mais les goûts de l’époque changent rapidement. Le style galant, puis le classicisme viennois de Haydn et Mozart, prennent le dessus. Les grandes œuvres chorales de Bach (cantates, oratorios, passions) cessent d’être jouées.

Certains musiciens continuent de l’admirer en privé. Mozart découvre ses motets à la Thomaskirche de Leipzig en 1789 et en est bouleversé. Beethoven connaît ses fugues pour clavier. Mais la Passion selon saint Matthieu, composée en 1727 et révisée en 1736, reste silencieuse. Personne ne la joue en public.

Les partitions circulent dans un cercle très restreint. Carl Friedrich Zelter, directeur de la Sing-Akademie de Berlin et professeur du jeune Mendelssohn, possède une copie du manuscrit. Mais il juge l’œuvre trop complexe et trop « ancienne » pour être montée en concert. Pour lui, c’est un monument historique à étudier, pas à interpréter.

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En 1823, la grand-mère de Felix, Bella Salomon, lui offre une copie de la partition de la Passion selon saint Matthieu. Le garçon n’a que 14 ans, mais c’est déjà un prodige reconnu dans toute l’Europe. Il plonge dans la partition avec fascination.

Pendant les années suivantes, Mendelssohn répète des extraits avec un petit chœur privé. L’idée prend forme : monter l’œuvre intégrale en concert public. Mais Zelter résiste. Il craint l’échec et considère le projet trop ambitieux.

C’est Eduard Devrient, baryton et ami proche de Mendelssohn, qui fait basculer les choses. Les deux hommes se rendent ensemble chez Zelter pour le convaincre de leur prêter la salle de la Sing-Akademie. Devrient racontera plus tard cette scène dans ses mémoires : Zelter aurait fini par céder en disant « qu’il fallait bien laisser les jeunes gens faire leurs preuves ».

Le 11 mars 1829 : Berlin redécouvre Bach

Le jour du concert, la salle est pleine à craquer. Environ 1 000 personnes assistent à la représentation (et autant sont refoulées à l’entrée, selon les témoignages de l’époque). Mendelssohn, 20 ans à peine, dirige un orchestre et un chœur dans une œuvre monumentale que personne n’a entendue depuis des décennies.

Le succès est immédiat. Voici ce qui se passe dans les semaines suivantes :

  • 21 mars 1829 : deuxième représentation, le jour anniversaire de la naissance de Bach. Le roi Frédéric-Guillaume III de Prusse y assiste.
  • 17 avril 1829 : troisième représentation, toujours à guichets fermés.
  • D’autres villes allemandes (Francfort, Königsberg, Breslau) montent à leur tour l’œuvre dans les mois et années qui suivent.

Cet événement marque le début de ce que les musicologues appellent le « Bach Revival ». En 1850, la Bach-Gesellschaft est fondée pour publier l’intégrale de ses compositions, un travail colossal qui s’étendra sur un demi-siècle.

💡 Le saviez-vous ?

Mendelssohn n’a pas joué l’œuvre dans sa version intégrale. Il a effectué des coupes significatives et réorchestré certains passages pour les adapter aux goûts du XIXe siècle. La partition originale dépasse les 2h30 de musique. Cette approche, critiquée par les puristes modernes, était pourtant indispensable pour rendre l’œuvre accessible au public de l’époque.

Sans l’initiative de Mendelssohn, la Passion selon saint Matthieu serait peut-être restée un manuscrit dormant dans les archives de la Sing-Akademie. Ce concert de 1829 n’a pas seulement ressuscité une œuvre : il a transformé Bach en figure centrale de la musique occidentale. Un statut qu’il n’avait jamais vraiment eu de son vivant.

Mendelssohn a redécouvert Bach – Foire aux questions

Pourquoi les œuvres de Bach ont-elles été oubliées après sa mort ?

Les goûts musicaux ont rapidement évolué après 1750. Le style galant puis le classicisme viennois ont dominé la scène européenne. Les grandes œuvres chorales de Bach, jugées complexes et austères, ont cessé d’être programmées en concert. Ses pièces pour clavier ont mieux survécu, mais ses passions et cantates sont tombées dans l’oubli.

Quel rôle Mendelssohn a-t-il joué dans la redécouverte des Passions de Bach ?

Mendelssohn a organisé et dirigé la première représentation de la Passion selon saint Matthieu depuis la mort de Bach, le 11 mars 1829 à Berlin. Ce concert a déclenché un mouvement de redécouverte (le « Bach Revival ») qui a conduit à la publication de l’intégrale des œuvres de Bach et à sa reconnaissance comme compositeur majeur.

Mendelssohn avait-il modifié la partition originale de Bach ?

Oui. Mendelssohn a effectué des coupes dans la partition, supprimant plusieurs arias et récitatifs. Il a également ajusté l’orchestration pour la rendre compatible avec les instruments et les effectifs de son époque. La version qu’il a dirigée en 1829 était sensiblement plus courte que l’original.

Qui a aidé Mendelssohn à monter ce concert historique ?

Le baryton Eduard Devrient a joué un rôle crucial. Il a aidé Mendelssohn à convaincre Carl Friedrich Zelter de prêter la salle de la Sing-Akademie de Berlin. Devrient a également chanté le rôle de Jésus lors de la représentation.

La Passion selon saint Matthieu est-elle la seule œuvre de Bach redécouverte grâce à Mendelssohn ?

C’est la plus emblématique, mais le concert de 1829 a ouvert la voie à la redécouverte de l’ensemble du catalogue de Bach. La fondation de la Bach-Gesellschaft en 1850 a permis la publication systématique de ses œuvres, incluant la Passion selon saint Jean, la Messe en si mineur et des centaines de cantates.

Bach était-il totalement inconnu avant Mendelssohn ?

Non. Des musiciens comme Mozart, Beethoven et Zelter connaissaient et admiraient certaines œuvres de Bach, notamment ses fugues et pièces pour clavier. Mais ses grandes œuvres vocales (passions, oratorios, cantates) n’étaient plus jouées en public depuis des décennies. C’est cette partie du répertoire que Mendelssohn a ressuscitée.

Photo de Jordane

Article proposé par Jordane

Pianiste depuis l'âge de 8 ans et passionné de musique, Jordane chante aujourd'hui dans plusieurs chœurs, où il continue de perfectionner sa voix de ténor. Curieux et amoureux du répertoire classique, il partage avec enthousiasme ses conseils pour accompagner les musiciens débutants et passionnés dans leur apprentissage.

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